gema
grupo de estudos do megalitismo alentejano

 
 

INTRODUCTION

Une réflexion méthodologique pragmatique sur l’étude d’un corpus de monolithes à décor anthropomorphe, sur leur intégration dans le territoire et l’interprétation des signes graphiques que y sont apposés, sera l’objet de ce travail.

L’étude de la statuaire anthropomorphe en Péninsule Ibérique a été marquée par les recherches menées en France, dès les plus anciennes études. Cette influence peut être perçue à deux niveaux. Certains chercheurs, notamment E.Octobon, Jean Arnal, J. Landau, etc. ont intégré dans leurs corpus même des exemples de statues anthropomorphes du IVeme/IIIeme millénaire, dans une tentative d’étude globale du phénomène de la statuaire anthropomorphe de ces périodes en Europe. De plus, les approches méthodologiques développées en France ont été réutilisées par les chercheurs ibériques.

Ainsi, dès la synthèse de E.Octobon, apparaissent des références à des monuments ibériques. Sont présentées les stèles portugaises publiées par Leite de Vasconcelos et Breuil, l’anthropomorphe peint et gravé de Peña Tu, la figure gravée avec des seins du dolmen de Soto, et la pièce gravée de Ciudad Rodrigo. Jean Arnal ajoutera en 1976 la pièce de Asquerosa (Granada). Jeannette Landau ne se contente pas de citer des exemples ibériques, mais propose une datation de l’ensemble, les rapportant aux statues-menhirs du Gard, datées de la deuxième moitié du IIIeme millénaire av. J.-C. Ces références s’avèrent cependant assez discrètes, la statuaire anthropomorphe ibérique restant longtemps à l’écart des recherches.

Les connaissances sur ce phénomène se sont alors surtout développées avec les travaux publiés en Péninsule Ibérique, notamment en Espagne, avec les recherches de M. Almagro-Basch et M. Almagro-Gorbea. Avec les premiers travaux de Primitiva Bueno-Ramirez et Rodrigo Balbín-Behrmann au début des années 1980 commence une nouvelle étape dans la recherche sur le sujet. P. Bueno reprend dès sa maîtrise1 les monuments connus, pour essayer de déterminer des groupes locaux, tout en les rapportant au contexte archéologique. Le corpus de monuments ne cesse de s’accroître dans les années suivantes, tant du côté espagnol que portugais. Les pièces espagnoles et portugaises sont traitées ensemble, la plupart des travaux étant dirigés par des chercheurs espagnols.
Si l’on se penche exclusivement sur les travaux concernant les monuments situés au Portugal, deux caractéristiques principales se dégagent : ils reproduisent une coupure Nord/Sud peut-être plus liée à des pôles de recherche du Nord et Sud du pays, que véritablement à une répartition géographique des monuments. De plus, tous les phénomènes d’anthropomorphisation de la pierre des statues-menhirs de l’âge du Bronze armées et extraordinairement bien conservées, aux stèles de la fin du Néolithique sont analysés ensemble, sans distinction chronologique ou contextuelle.

C’est dans ce cadre que nous avons étudié, pour le Diplôme de l’EHESS, quinze dalles anthropomorphes de trois cercles de pierres de la région d’Évora, au Portugal. Pour ces dalles, il n’existait quasiment pas de relevés, et les descriptions disponibles restaient sommaires3. Cette première approche s’est alors surtout centrée sur la description détaillée de chaque dalle, ainsi que sur leur analyse comparative (intra cercles de pierres et entre cercles de pierres). Il s’agissait de fournir une première description et de proposer une datation de cet ensemble, en évitant l’amalgame chronologique et géographique, en s’attachant à l’étude du phénomène local.

Partant de cette base, il s’agit maintenant de répondre à deux priorités. La première consiste à mettre au point et à appliquer un cadre conceptuel et des outils méthodologiques nouveaux aux données recueillies précédemment sur ces quinze dalles anthropomorphes, fournissant ainsi des hypothèses interprétatives que nous n’avions pas été en mesure d’offrir auparavant. Ce cadre et ces outils méthodologiques, inspirés de la sémiotique et de la sémiologique, seront ainsi testés, nous montrant les atouts d’une telle approche, ainsi que ses limites. L’objectif est de mettre au point ce cadre et ces outils dans l’optique d’un élargissement du corpus à tous les monolithes décorés du Néolithique, en territoire portugais. Il s’agit aussi de fournir un cadre physique et archéologique d’implantation de ces monolithes. Ces choix d’implantation sont quant à nous des éléments de compréhension de ces ensembles au même niveau que les signes iconographiques représentés.

Pour répondre à ces objectifs nous avons décidé de séparer notre étude en trois moments : une présentation géographique et archéologique de l’ensemble ; un aperçu des principes conceptuels fondamentaux de notr démarche interprétative ; l’application même de cette démarche.

La première partie a pour objectif de dresser une image complète du cadre géographique de la région où s’insère notre corpus, ainsi que des enjeux et des problématiques nouvelles touchant à la chronologie et à l’implantation archéologique de ces ensembles.

Par la suite, les deux autres parties concerneront plus spécifiquement la construction et l’utilisation de notre démarche. L’un des principaux buts de ce travail réside dans la mise en place d’une méthodologie d’analyse et d’interprétation de ces dalles anthropomorphes, et de ce genre de phénomène en général. Dans la deuxième partie, il convient alors d’exposer la méthodologie utilisée, présentant les données analysées, et surtout le cadre théorique et conceptuel sur lequel s’appuie cette démarche. La troisième partie concerne la mise en œuvre des outils conceptuels expliqués auparavant. Il s’agit de tester leur capacité à répondre à des problématiques posées a ce genre de corpus : comment se forment les signes graphiques de notre corpus, que représentent-ils et que signifient-ils ? C’est aussi à ce moment que l’on discutera de l’efficacité de cette méthode, ainsi que des adaptations nécessaires dans le cadre d’un élargissement du corpus d’étude.

En tenant compte des informations présentées dans les deux premières parties, il s’agit d’être en mesure, dans la troisième partie, de compléter les connaissances sur cet ensemble anthropomorphe particulier, avec des interprétations que nous n’avions pas été en mesure de fournir auparavant. Mais il s’agit aussi de préparer un cadre théorique assez souple pour être utilisé par la suite, non plus strictement dans un cadre régional, mais supra-régional. Le but étant de tenter de surmonter par la suite les difficultés dans le découpage géographique, chronologique et iconographique de ce genre d’ensemble, prégnantes pour le territoire portugais.


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